Eh non, ce n'est pas au départ dans le cd d'Abd Al Malik ou de Grand Corps Malade que vous découvrirez le slam, le VRAI, le PUR, le SEUL, l'UNIQUE... il n'y aurait jamais assez de mots pour le décrire, sauf ceux que clameront les slameurs.
Eh oui, en réalité, le slam est avant tout un rassemblement de gens COMME VOUS ET MOI. C'est extrêmement contraire au commerce, ce qui expliquerait les différences entre le slam vendu et le slam donné.
D'abord, on ne paye pas (et on ne gagne pas) dans une soirée slam. On vient dire ce qu'on pense, qu'on veut, qu'on aime... en fait on peut dire n'importe quoi (cela dans les limites éthiques bien sûr). C'est d'ailleurs tout ce qui fait l'intérêt du slam, comme une pub basée sur des témoignages. Les textes, par leur importance pour le slameur, transmettent des émotions, des rires, des vérités aussi puissants qu'une chanson ou une confession. Donc, le slam est à la fois très ouvert et très communautaire, ce qui ne correspond pas du tout aux idées de marché, qui s'en prennent généralement plein la figure car au slam, on connaît tous le "politiquement incorrect".
Pour trouver du slam, il ne faut par conséquent pas partir dans les hauts-lieux. "La Zone" n'est qu'une succursale de cet art à part entière, coincé entre théâtre, poésie et chanson. Dom, le "Maître Loyal" des soirées slam là-bas, slam d'ailleurs aussi à Bordeaux, preuve que le slam est internationnal.
Mais chaque lieu/rendez-vous est unique, car souvent, le slam représente très bien la vie sociale et locale. L'humour, les positions, le style dominant, le vécu, tout cela est propre à chaque slameur et scène slam.
Sur cette scène, pas de décor ni d'accessoire, pas même d'instrument autre que la voix et le corps. Tout est basé sur le texte et la présentation, depuis les langues étrangères à l'a capella, avec une exception qui confirme la règle : la feuille de papier. Le slam, c'est le moyen de communiquer à tout un groupe, de dire à tous le même message, sans complexe, sans aucun jugement du public, ainsi tout vient de nous et rien n'est freiné. Pourquoi faudrait-il des objets pour agir ?
Evidemment, il y a des règles comme pour chaque groupe, surtout lorsqu'on prône le partage et l'équité : la parole est donnée pour trois minutes (mais on peut transgresser, 'y a pas de flics ici), sans compter un ticket boisson offert après chaque texte. Mais souvent, on limite le nombre de passages pour ne pas abuser, surtout quand on sait que dire une phrase, c'est déjà un slam.
Pouvoir dire n'importe quoi, n'importe quand, tout en respectant n'importe qui, avec comme principale loi d'y mettre une part de nous : ainsi se définit le slam, démocratie libre et neutre au sein du monde qui nous bouscule.
Conclusion : vous pouvez venir, tous autant que vous êtes, tout le monde est concerné car tout le monde a besoin de dire ce qui est en lui, plus encore quand il y a de plus en plus de freins à ce qui nous est propre. Ici, tout est don, tout a un retour, rien n'est négligé : qui que vous soyez, vous pouvez être slameur, tant que quelque chose a besoin de sortir de vous et d'être entendu.
J'espère donc vous retrouver sur une scène slam, voire un tournoi, à la Zone ou ailleurs, non pour une gloire, une rente, un succès, mais pour le plaisir, le désir, l'équité, la fraternité. (en gros, on réunit les phrases nationales du genre "l'union fait la force", "liberté, égalité, fraternité" et sûrement d'autres que je ne connais pas)
Bonne écoute, bonne lecture, bonne vision... bon slam.
