Retour de slam
Nicolas De Kuyssche
Mis en ligne le 05/05/2006
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Ce soir, le Botanique consacre une scène au slam. Une discipline entre rap, poésie et théâtre.
Un homme, un micro et simplement des mots.
Chaudron
ÉCLAIRAGE
Il y a une quinzaine de jours, un grand gars avec une béquille s'installait autour de la table du prime time de Laurent Ruquier. La France s'apprêtait à souper en face de Grand Corps Malade, un jeune gars de Saint-Denis, slameur de son état, aujourd'hui disque d'or. Aujourd'hui, ce sont les glorieuses Nuits Botanique qui consacrent une soirée au slam -par l'entremise de l'association saint-gilloise Lezarts Urbains.
A l'instar du break-dance, autre discipline dite hip-hop, le slam fait son entrée dans les temples culturels et médiatiques. Cette soirée au Bota est un signe, s'il en fallait encore, que les cultures urbaines ont tendance à s'institutionnaliser. Ou que les temples culturels cherchent à s'encanailler.
Oncle slam
Apparu à Chicago dans les années 1980, le slam
«est le lien entre écriture et performance, encourageant les poètes à se focaliser sur ce qu'ils disent et comment ils le disent», décrète Wikipédia, l'encyclopédie en ligne. Le terme lui-même, pourrait signifier «faire claquer» (la langue). On est donc dans une poésie plus verbale qu'écrite, plus orale qu'imprimée, plus écoutée que lue.
«Si le mouvement prend ses racines dans la tradition anglo-saxonne du spoken words des cafés rock alternatifs, c'est le rap qui a redynamisé le slam dans les années 90 », explique Alain Lapiower, directeur de Lezarts Urbains. Aujourd'hui, le slam est articulé autour d'un flow - une scansion - qui vient du rap. Ce soir, la scène rassemble, tout naturellement, quelques grands noms de la scène hip-hop de chez nous - dont James Deano, Defi J, Manza, Balo (ex Starflam) - et de France - Abd-Al-Malik, 129H.
Le slam serait-il un rap sans musique? «Pas du tout: le slam reste ouvert à toutes sortes d'écritures», répond Daniel Hélin, également à l'affiche de cette soirée. Il est bien placé pour en parler, lui qui revendique une culture rock, dont les albums sont classés dans les bacs «chanson française», et qui adapte parfaitement les paroles de ses chansons au flow hypnotique du slam. «Lorsque je m'y suis mis, j'ai redécouvert mes propres textes. Le slam, c'est un homme et un micro devant un public qui réagit de manière directe. Ainsi, puisqu'il n'y a plus d'artifice possible, on retrouve sa fragilité.»
Voilà pour les vertus de la forme. Le fond, par contre, est souvent moins vertueux. Venant de la rue, le slam a parfois bien du mal à éviter le ras
des pâquerettes. Clichés, poncifs et stéréotypes dans les thématiques. Manière grossière de les aborder. Voilà les critiques de ceux pour qui la bouteille est à moitié vide.
Pour ceux qui la voient à moitié pleine, le slam reste le meilleur médium pour dire les bas-fonds: un flow en prise avec l'urgence, des rimes qui traduisent la réalité. Dans le slam, pas d'esthétique gangster, rien de cette fascination pour la violence ou l'argent facile qui gangrène la culture hip-hop. D'ailleurs, certains rappeurs en viennent au slam par dégoût du «bling-bling», l'authenticité perdue des rappeurs qui arborent d'énormes pendentifs d'or.
Slam de fond
La comédienne et écrivain Laurence Vielle, également sur scène ce soir, a trouvé dans le slam un parfait terrain d'atterrissage:
«L'édition m'importe peu et ce que j'écris est très rythmique, explique-t-elle. Je pense que l'on écrit comme on respire et j'ai une respiration un peu essoufflée. Au Botanique, je ferai une performance avec DJ quelque chose.» Défi J, en réalité, une figure de proue du hip-hop belge. «J'en suis très honorée», répond la comédienne.
Autre femme sur scène, également comédienne, la Française Delphine II: «Le slam demande un vrai travail sur les mots. Un travail que le rap français d'aujourd'hui semble avoir abandonné pour privilégier des mélodies de boîte de nuit.» Ainsi, les vrais précurseurs du slam francophone sont sans doute les Fabulous Trobadors, ces Toulousains orfèvres du langage. Le slam correspond tellement bien à la France tchatcheuse et frondeuse... D'ailleurs, comparée à celle de l'Hexagone, la scène belge a triste mine.
Slam en peine
Aux dires d'Eric Brogniet, poète et directeur de la maison de la poésie de Namur,
«la Communauté française est très en retard par rapport à d'autres pays en ce qui concerne le slam». En France, par exemple, il existe une fédération consacrée à la discipline. Au Québec, autre exemple, les poètes disent leur texte sur scène ou collaborent avec des groupes de rock. «Cela remet la poésie en phase avec les modes d'expression actuels, continue le poète. C'est bien cela que permet le slam, en proposant une prise de parole démocratique, qui sort des contraintes traditionnelles, sans passer par des apprentissages spécifiques.»
Dès 21h au Witloof Bar du Botanique. 02.218.37.32 ou
© La Libre Belgique 2006