Une autre interview de GCM

Une autre interview de GCM
J'ai trouvé les questions judicieuses, et les réponses sincères de Grand Corps Malade rendent cet article très intéressant, même s'il a déjà un an...

21/07/2006
PALÉO
Des mots à partager
Le slam est à la mode. Ce phénomène est dû pour beaucoup à Grand Corps Malade, un jeune homme qui jongle avec les phrases sur disque et sur scène. A voir demain à Nyon
Avant de devenir Grand Corps Malade, il s'appelait Fabien et se destinait à une carrière de prof de sport, voire de basketteur professionnel. Mais le jeune homme, à la suite d'un mauvais plongeon à la piscine, apprend qu'il sera tétraplégique. L'homme se relèvera et marchera, même si sa béquille ne le quittera plus.

Lorsqu'il se tourne vers la «poésie urbaine», Fabien n'a pas l'intention de devenir une vedette. «Comme beaucoup de monde, j'ai découvert la scène slam dans un petit bar. J'ai beaucoup aimé ce partage des textes avec un auditoire.» Le jeune homme se met à écrire, se produit dans des lieux publics. Puis sa rencontre avec S Petit Nico (qui a signé la musique de plusieurs titres du disque) va changer son destin: «Il m'a proposé de mettre mes textes en musique. Mais ce n'était pas pour faire un disque. Rien n'était prévu, tout s'est fait par le biais de rencontres...»

L'heure du succès
Son premier album, «Midi 20», est couronné de succès, disque d'or en France en moins d'un mois. «Mais ça ne me donne pas le tournis, je suis quelqu'un de très posé et je sais prendre du recul».

Fabien devient Grand Corps Malade, le slam s'affiche partout, à la radio, à la télé, partout. Mais c'est quoi le slam? De la poésie? Du rap? Un mélange? Selon le «dogme», «ça doit se faire en live et a cappella avant tout». Mais Grand Corps Malade n'est pas du genre à se conformer à des règles strictes: ses textes sont accompagnés par des musiques qui amènent du relief, posent une ambiance. «Je dirais que le slam, c'est de la poésie de proximité. Des textes mélodieux, des mots du quotidien qui parlent de thèmes quotidiens. Je n'écris jamais des mots que je n'utiliserais pas tous les jours.» Le disque est autobiographique: le «chanteur» parle (c'est le cas de le dire) de son accident, mais aussi de ses amours et de son parcours de vie.

Un jeune homme victime d'un accident grave qui se met à faire de la poésie, tout mène à penser que l'écriture a servi d'exutoire à la douleur. Un point de vue que Grand Corps Malade réfute: «Je n'ai pas fait cela pour exorciser, il ne faut pas entrer dans les clichés. J'ai commencé à écrire en 2003, alors que j'ai eu mon accident en 1997: je m'étais déjà relevé, j'avais retrouvé le moral. Mais c'est vrai que les douleurs du passé, ça peut inspirer.»

Sens politique
Pour Grand Corps Malade, l'acte d'écriture ne se fait pas dans la douleur; c'est un «moment de plaisir». Et le jeune homme ne se sent nullement le porte-parole de quelque groupement que ce soit. «Je ne me sens pas responsable, je ne représente personne, je ne suis ni le représentant des handicapés ni celui du slam. Et je ne vais pas chercher à faire des textes positifs pour montrer à la jeunesse que la vie est belle.» S'il participe à des ateliers, dans des centres sociaux ou dans les hôpitaux, l'artiste ne veut pas de l'étiquette d'artiste engagé.

«Au-delà de la forme artistique, il y a un sens politique dans le slam, au sens noble du terme. C'est un espace pour s'exprimer. Les bars sont des îlots où les gens s'écoutent pendant trois heures.» On l'aura compris, Grand Corps Malade n'est pas prêt à sacrifier ses idéaux artistiques sur l'autel de la gloire. «Je suis un vrai amoureux de slam, et je ne parle pas que de l'album. J'aimerais inviter les gens à aller dans ces petits endroits où ces échanges ont lieu.» Grand Corps Malade n'a pas attendu le succès de son disque pour être heureux. «Je suis un bon vivant et ça allait déjà bien avant.» Maintenant que la belle aventure de l'album vient compléter cette sérénité, le jeune homme peut envisager des projets: «Je fais une grande tournée en Province, en Belgique, en Suisse (réd: au Paléo demain) et peut-être au Québec, plus tard. Et puis, j'ai plein de nouveaux textes. J'aime écrire, et de la matière, il y en a, j'ai encore des textes à faire partager...» / JJE-Le Nouvelliste

Trouvé sur www. lexpress.ch

# Posté le mardi 31 juillet 2007 13:12

Modifié le vendredi 10 août 2007 18:04

Interview de notre GCM... plus récente

Je me suis dit que ce serait tout de même mieux de dénicher une interview plus proche de nous alors.. à vos lectures. Celle-ci est plus ciblée sur GCM lui-même que le mouvement slam mais bien foutue quand même :

Grand Corps Malade
par Djinax le 01-02-2007

C'est lors de son passage à Toulouse que j'ai rencontré Fabien alias Grand Corps Malade, l'homme qui a fait découvrir le slam au grand public grâce à ses superbes textes et à la médiatisation qui s'en est suivie.

Raconte nous tes débuts et notamment comment tu es venu au slam ?
En fait, au début je n'ai jamais voulu faire une carrière artistique, être chanteur, faire des disques, ce n'était pas mon rêve, j'étais plus dans le sport à la base. Je suis arrivé au slam car j'aime l'accessibilité qu'il y a, c'est ça avant tout le slam, des scènes ouvertes dans des bars où tout le monde peut y dire un texte. Il y a un maître de cérémonie qui est slameur avant tout, il prend le nom des personnes qui veulent participer et les appelle sur scène. A l'époque, j'avais un pote qui slamait donc un jour, je l'ai suivis, j'écrivais déjà des textes comme beaucoup de personnes qui ne sortaient pas du tiroir. C'est donc de cette manière que j'ai découvert le slam, cela correspondait à ma manière d'écrire, j'ai eu envie de participer et ça m'a de suite beaucoup plus. J'ai donc commencé réellement à écrire et à faire pas mal de scène dans Paris et sa banlieue, c'est à partir de là que le virus d'écrire et de partager mes textes m'a vraiment pris. Puis les différentes rencontres m'ont amené à faire un disque et de la scène. J'ai rencontré réellement le slam en 2003 (pour info le slam est arrivé en France en 1997 et a fait réellement parler de lui grâce au film américain SLAM qui a été primé à Cannes en 1998), à la base c'était pour m'amuser, puis c'est devenu une vraie passion et finalement mon métier.

Pour ceux qui ne savent pas comment se déroule une soirée slam, il y a un thème...
Les organisateurs peuvent décider d'un thème ou faire un tournoi, mais la plupart du temps, c'est juste un endroit où on sait qu'il va y avoir une soirée slam avec une scène ouverte. Le maître de cérémonie va juste dire un texte pour ouvrir et après il appelle les personnes. Le texte doit faire 3 ou 4 minutes maximum et tout le monde peut y participer, donc on y retrouve une vraie diversité, des jeunes, des vieux, des femmes, un rappeur qui va lâcher son texte a capella, ou quelqu'un qui va faire de la poésie classique, un autre qui va le faire en prose, l'autre en vers...il y a vraiment tous les styles réunis, c'est pour ça que le slam n'est pas un genre musical, c'est juste un moment d'expression libre.

Tu es passé de petits bars à de grandes salles en peu de temps, comment gères tu ça ?
Oui, c'est vrai mais avant que le disque sorte je vivais déjà du slam, c'est-à-dire que j'animais des scènes et des ateliers d'écriture avec des jeunes.... et puis on organisait des spectacles avant que l'album sorte, il y avait déjà des programmateurs qui commençait à programmer du slam, je n'étais pas tout seul, souvent en collectif de 3 ou 4 slameurs, donc on étaient déjà sortis des bars pour faire des petites salles de 200 ou 300 personnes.

Tu apprends quoi dans un atelier de slam ?
Le concept, c'est de leur apprendre à écrire quelque soit leur age, moi je m'occupe d'un atelier où on rassemble des jeunes et des gens du 3ème age car je bosses en relations avec une MJC et une maison de retraite. Le but ce n'est pas de leur apprendre la poésie, j'en serais bien incapable, ni le slam vu qu'il n'y a pas « une » manière de slamer, mais de faire une espèce d'émulation, de faire comprendre que l'écriture c'est vivant et ludique. On se donne des thèmes, on écrit à plusieurs ou en solo, de temps en temps on se mets des contraintes comme écrire en alexandrins... C'est un atelier d'écriture comme il y en a beaucoup d'autres mais la particularité c'est que c'est un atelier slam, donc une fois qu'on a passé le stade de l'écriture il y a le passage à l'oral qui est important, le fait de le faire en public, de savoir l'interpréter, ça s'apprend aussi.

Tu écris tous tes textes à la première personne, pourquoi ?
Dans le slam il n'y a pas de règle, chacun fait ce qu'il veut, moi il se trouve que quand j'ai commencé à écrire et à partager mes textes, je me suis rendu compte que c'était souvent des textes très autobiographiques, qui parle de ce que je connais bien, de ma ville comme « Saint Denis » ou « vu de ma fenêtre », ou je parle de mes expériences passées ou futures... donc c'est vrai que souvent je dis « je », ça part souvent d'expériences personnelles. D'après les témoignages que j'ai depuis plus d'un an, ce sont des textes qui parlent aux gens car cela leurs rappellent des souvenirs, on a tous des galères, des envies, des histoires d'amours.... Même si ça part de quelque chose de personnel, j'aborde des thèmes qui peuvent toucher tout le monde et ça me fait très plaisir. Je me suis trouvé pas mal impudique dans mes textes, même si c'est caché derrière une rime, j'aborde des thèmes que je n'aborde jamais dans le privé, même avec mes proches.

Parles nous des rencontres que tu as fais pour arriver à l'enregistrement de l'album ?
En fait, il y a 2 principales rencontres, la première c'est l'homme qui est au piano ce soir, qui se nomme Petit Nico et qui traînait sur les scènes slam, il rappait mais il était également musicien et c'est lui le premier qui m'a proposé de mettre mes textes en musique. Donc on a essayé chez lui tranquillement et on a fait une maquette avec 5-6 titres mais on ne savait pas ce qu'on allait en faire, c'était limite même plus pour les proches, pour laisser une trace. Puis j'ai rencontré Jean Rachid qui est humoriste à la base, on a sympathisé et je lui ai fait écouter ce qu'on avait fait. Il a aimé et a de suite pensé que ça pouvait faire un vrai disque. Il est donc devenu le producteur, et a pris le risque d'y mettre de l'argent pour l'enregistrer dans un vrai studio.

Ton album ne s'est pas fait dans les règles du slam. D'abord quelles sont t'elles et pourquoi ?
Oui c'est vrai, il y a plusieurs règles. Tout d'abord, il faut que ce soit fait en a capella, donc tu peux voir que sur l'album ce n'est pas le cas. Ensuite le slam c'est du live, de la scène, ce n'est pas un enregistrement. Enfin, c'est avant tout de la scène ouverte, il faut qu'il y ait la notion de partage. Ce sont les 3 notions où on se retrouve un peu tous. Donc sur mon disque je me détache clairement de ça, ce n'est pas un disque de slam même si je suis un slameur et qu'il y a des textes de slam mais on a décidé de les mettre en musique pour un « projet musical ». Pour moi, un disque de slam n'a pas de sens. A la base, j'écris mes textes pour que ce soit de l'a capella et ce sont les musiciens qui ont joué le jeu de faire du sur mesure. Pour le 2ème album que je suis en train d'écrire, je continue de cette manière, j'aime jouer avec les sonorités et la musicalité des mots, qu'il y est un mélange entre le fond et la forme.

Comment réagit le public à cette découverte du slam en live ?
On a joué aux 4 coins de la France, en Suisse et en Belgique et pour l'instant on a un accueil de dingue partout. A la fin des concerts, j'attend que la masse soit partie pour aller à la rencontre du public et j'ai vraiment l'impression qu'on amène quelque chose de nouveau car dans les concerts il y a de l'a capella et les gens n'ont pas l'habitude de ça. On peut presque penser de temps en temps à un one man show, j'ai quelques textes assez marrants dont il y a un réel échange avec le public. Le slam impose une écoute qu'il n'y a pas forcément dans les autres concerts, c'est ça qui est le plus surprenant pour le public et qui est nouveau. Les gens découvrent mais ce qui est vraiment bien, c'est que le public est super large, ça va des enfants aux personnes âgées.

As-tu des slameurs à faire découvrir vu que toi tu es maintenant médiatisé ?
J'essaye d'en faire découvrir, là par exemple en Avril, il y a Souleymane Diamanka (www.myspace.com/souleymanediamanka) qui va sortir son album chez Barclay. C'est un français d'origine sénégalaise et c'est un tueur, il a même commencé avant moi, je l'ai découvert dans un petit bar. Il a une écriture poétique incroyable et une voix très grave, donc tout pour accrocher l'oreille. Il y a aussi Arthur Ribo (www.myspace.com/arthurribo) qui est très fort aussi car c'est un freestyler. Le slam, c'est très peu improvisé, ce sont des textes le plus souvent écrits et très bien préparés, moi je ne suis pas bon en impro. Et de temps en temps, il y a quelques fous comme Arthur Ribo qui demande un mot dans la salle et enchaîne avec, dans un freestyle total, c'est impressionnant à voir. Le succès de mon album a ouvert des portes et les maisons de disques s'intéressent maintenant au slam, donc ça fait plaisir.


Quels sont tes projets ?
En ce moment on est en tournée, mais je continue à m'occuper de mes ateliers et de ma petite scène slam que j'anime donc je ne fais pas 25 dates par mois mais seulement une dizaine. Forcément la tournée va se rallonger, elle a commencé l'été dernier par des festivals pour réellement débutée en Octobre et je pense qu'on la finira en Novembre. Donc entre temps j'ai du temps libre, je continue à écrire et à aller dans les bars, donc j'ai pleins d'idées et de textes qui sont prêts pour le 2ème album. Dans le courant de l'année, on va se pencher sur la mise en musique et dès que la tournée est finie, on rentrera en studio, donc je pense qu'il sera prêt pour début 2008.

Source : www.yezzi.free.fr

PN : je me suis permise de changer les "slamers" en "slameurs", ça fait plus français.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 31 juillet 2007 16:57

Modifié le vendredi 10 août 2007 18:14

Il est même passé dans ELLE le Fabien !

Incroyable, il a réussi à séduire les magazines féminins ! Et après on dira que le slam n'attire pas beaucoup la gente féminine...

Malade de mots

Ni rap, ni poésie, ni chanson, le slam monte au créneau avec Fabien Marsaud alias Grand Corps Malade, l'un de ses représentants les plus actifs. Handicapé depuis plusieurs années par un sale accident de piscine, le slameur de Saint-Denis signe "Midi 20", un album à part au succès phénoménal.

Avec l'importance du public dans le slam, n'étais-tu pas tenté d'enregistrer un live?

Non car le slam est un instant. Une fois prononcés, les textes disparaissent. Le slam est avant tout une scène ouverte. Quand on m'a proposé de plaquer des musiques sur mes textes, j'étais partant. Mais "Midi 20" est un projet à part qui n'a rien à voir avec ce que j'ai fait jusqu'ici. J'avais les textes qui le composent depuis bien longtemps. Et je savais que ça ne serait pas du rap, mais des ambiances plus mélodieuses.

Comment es-tu arrivé au slam?

Par hasard. Petit, je n'ai jamais voulu être rappeur ou chanteur. J'écrivais quelques textes que je gardais pour moi. Un jour, j'ai découvert le slam dans un bar. Avant ça, il n'y avait même pas une énorme envie de m'exprimer. J'étais juste conscient que j'arrivais à écrire des petits textes, c'est tout.

Ces textes sont emprunts de réalisme, tu n'es jamais tenté par de purs délires surréalistes?

J'ai toujours besoin de raconter quelque chose, une histoire un peu concrète. D'ailleurs pour moi le slam c'est la poésie de proximité. Des thèmes du quotidien, avec des mots du quotidien.

La différence entre slam et poésie?

Le slam, c'est de la poésie à l'oral. Il n'existe qu'à l'oral... Les poètes ne m'inspirent pas vraiment. J'ai essayé d'en lire certains comme Vian, Rimbaud ou Prévert mais ça ne me touche pas trop. Ma double influence c'est le rap français avec NTM et IAM et également la chanson française qu'écoutait mes parents comme Brel, Brassens, Barbara et surtout Renaud.

Tes prestations dans le Cabaret d'Edouard Baer et maintenant ton album, beaucoup vont découvrir le slam par ton biais...

Ça me fait peur de jouer le rôle du représentant du slam car je ne suis représentant de rien!
Je ne suis pas un pionnier, ça fait seulement trois ans que j'en fais. Il y a une telle diversité dans le slam, qu'il n'y aura jamais un seul ambassadeur. Mon disque n'est pas du slam. Le slam c'est du pur a capella et c'est live. Je suis donc juste un slameur avec un projet artistique très médiatisé. Tant mieux si ça fait parler du slam, si les gens vont dans les bars pour en écouter.

Comment se préserver des effets pervers de cette sur-médiatisation ?

L'inspiration vient de la vraie vie, pas du milieu artistique. Donc j'écrirai sûrement sur cette médiatisation mais c'est essentiel que je me préserve pour mon écriture donc pour ma vie en général.

Tu organises toujours tes deux ateliers hebdomadaires de slam...

Avant mon accident j'étais entraîneur sportif et j'aimais le contact avec les mômes. Je veux leur transmettre le slam, le goût d'écrire. Leur prouver également que tout le monde à sa place. Me retrouver avec six mômes dans une MJC, loin de la médiatisation dont on parlait, ça me permet de tout recentrer sur mon amour des textes. C'est un vrai coup de fraîcheur !



Propos recueillis par Marc Zisman , le 11/04/2006
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 01 août 2007 02:28

Modifié le vendredi 10 août 2007 18:13

Un petit de plus... pour la route de Montréal

Eh ouais, il voyage notre GCM, on parle même de lui à Montréal. Vive la mondialisation du slam !

19 juillet 2007
Grand Corps Malade

Grand Slam
Stanley Péan

Avec la venue du populaire Grand Corps Malade et l'événement Bienvenue à Slam Cité présenté par Ivy le même soir aux FrancoFolies, Montréal entre de plain-pied dans l'ère et l'aire de la slam-poésie.

À force d'être utilisés à toutes les sauces, les termes "slam" et "slam-poésie" ont fini, à l'instar de bien des mots à la mode, par se voir galvaudés et détournés de leur sens initial. Entendons-nous donc pour d'emblée définir le slam comme une compétition amicale de poésie orale, arbitrée par des juges choisis dans l'assistance et encadrée par des règles plus ou moins strictes, dont celle de la brièveté des textes; et la slam-poésie comme lesdits textes poétiques faisant l'objet de cette compétition.
Depuis sa création à Chicago par l'Américain Marc Smith au milieu des années 80, le slam suscite pas mal d'engouement de part et d'autre de l'Atlantique, tant dans l'anglophonie que dans la francophonie, ce que même ses plus fervents champions ne sauraient expliquer. "Je ne suis pas le mieux placé pour essayer d'analyser tout ça, admet sans ambages Grand Corps Malade, le slammeur francophone le plus médiatisé de l'heure. Mais que ce soit en France ou au Québec, il existe un véritable amour de la langue, des mots, et ce, depuis très longtemps. Et c'est vrai que le slam, c'est un retour au texte. Moi, j'ai des textes simples, je parle de choses concrètes, quotidiennes. Peut-être que ça plaît aux gens parce qu'ils s'y retrouvent."

UNE BOUCHE ET DES OREILLES

Manifestement, les gens ont été nombreux à se retrouver dans les histoires et méditations poétiques de ce trentenaire, né Fabien Marsaud à Saint-Denis, en banlieue de Paris, et propulsé première grande star du slam francophone dès la parution de Midi 20, son premier album, en mars 2006. Paru sous la prestigieuse étiquette Universal, le disque évoque sa vie, son patelin, son grand chagrin d'amour et le grave accident de plongeon, survenu en 1997, qui l'a privé pendant près de trois ans de l'usage de ses jambes et lui a inspiré son nom de scène. Le succès de Midi 20, vite classé en tête des ventes d'albums français et couronné de deux trophées aux Victoires de la musique, permet à Grand Corps Malade de se produire dans des salles de plus en plus grandes et souvent à guichets fermés.

Mais qui dit pareil succès dit également levée de boucliers... Ç'a notamment été le cas pour Grand Corps Malade et ses confrères de la scène slam, dont le statut de poètes s'est vu contesté par une partie des poètes littéraires de l'Hexagone et d'ailleurs. À la lumière de cette controverse qui sévit toujours en France comme chez nous, on peut se demander ce qui distingue la slam-poésie de la poésie littéraire écrite. "Avant tout, c'est l'oralité, d'affirmer Grand Corps Malade. Le slam peut être comparé à beaucoup de choses, mais il vit d'abord à l'oral et n'existe que dans la bouche de quelqu'un. Le slam, c'est une bouche qui donne et des oreilles qui prennent."

Mais quand les slammeurs prennent d'assaut un festival de chanson comme les FrancoFolies, se sentent-ils apparentés aux artisans de la chanson, du rap ou même d'autres formes d'expression orale comme le conte? "C'est vrai qu'on est un peu à la frontière de tout ça, acquiesce Grand Corps Malade, qui d'ailleurs reprenait récemment à sa manière Les Trompettes de la renommée sur le collectif en hommage à Brassens, Putain de toi. Moi, je me sens proche du rap parce qu'un texte de slam-poésie peut se rapprocher d'un rap, c'est assez bavard, il y a beaucoup de mots. Et on n'est pas loin de la chanson à texte, ni des poètes classiques."

MONTRÉAL SLAMME-T-ELLE?

Figure de proue de la scène spoken word chez nous, cofondateur du groupe Slamontréal (avec Bertrand Laverdure et quelques autres), grand gagnant des Francouvertes de 1997 et auteur d'un recueil de poèmes paru au Noroît en 2005 (Les corps carillonnent), le poète Ivy, alias Ivan Bielinski, renchérit volontiers: "En partant, le poème est écrit avec l'intention de le donner à entendre. L'insistance sur la rime, que plusieurs ont soulignée, n'est pas essentielle à la slam-poésie, même si on la retrouve beaucoup en France et aussi chez les Anglos. Reste qu'à la base, le slam, c'est plus une forme de soirée de poésie qu'un genre. Et ce qui définit vraiment cette compétition de poésie à l'amiable, c'est la volonté de parler directement aux gens, de les attirer vers la poésie."

On peut se demander ce qui distingue la scène slam montréalaise (du moins, la francophone) de celle de Paris. "Au Québec, il n'y avait à peu près pas de scènes régulières. Et c'est un peu pour cette raison que, personnellement, j'ai tenu à voir défiler sur la scène des gens de tous les milieux de la parole, si on veut. Contrairement à la France, on n'a pas de slammeurs-slammeurs ici, pas de gens uniquement fourbis en slam. Mais ça donne beaucoup de diversité, beaucoup de jeu sur la langue. Et même si le slam vient à peine de naître officiellement ici, il y a des gens qui oeuvraient en français dans la marge depuis des années qui trouvent enfin un écho à leur travail. Alors je dirais qu'on a du slam de très haut calibre ici, parce que ses artisans y viennent avec une longue expérience."

Précédé par sa renommée et le tapage médiatique qu'elle suscite, Grand Corps Malade est passé par Montréal l'automne dernier, notamment pour promouvoir son album mais aussi pour tâter le terrain. "C'était très court, deux, trois jours en novembre dernier, un petit contact surtout avec les journalistes, mais un peu avec le public québécois parce que j'ai participé à un petit festival (Voix d'Amériques) de façon improvisée le dernier soir, une espèce de scène ouverte avec divers artistes." Bien que cette visite-éclair ait contribué à faire connaître davantage la slam-poésie, il s'est trouvé des gens dans le milieu montréalais pour craindre que la médiatisation à outrance du personnage de Grand Corps Malade ne brouille un tantinet les pistes et finisse par donner au public métropolitain l'impression que la slam-poésie se résume au travail du jeune homme de Saint-Denis. "Quand je l'ai rencontré l'automne dernier, rappelle Ivy, Fabien lui-même disait que bien qu'il soit issu du slam, son disque n'était pas slam à proprement parler, que c'était une oeuvre hybride. Je suis moi-même en train d'enregistrer un disque hybride du même type. L'ennui, c'est qu'on ne peut pas contrôler la réception des gens..."

UNE CERTAINE IDÉE DU PARTAGE

En tout cas, s'il est un point sur lequel Grand Corps Malade et Ivy se rejoignent, c'est cette idée de démocratie et de partage qui sous-tend la conception même du slam. "L'idée de démocratisation de la prise de parole rejoint l'intention de Marc Smith qui voulait abolir la distance entre les poètes académiques et ceux de la rue, rappelle Ivy. Cette intention s'est traduite aussi dans la volonté d'abolir la distance entre le public et la poésie, même au risque de la voir glisser dans l'amateurisme."

Pour sa part, inquiet de l'accentuation des inégalités sociales déjà présentes dans une France qui vire de plus en plus à droite, Grand Corps Malade continue à ce jour d'animer des ateliers d'écriture de slam-poésie auprès des jeunes dans les cités et ailleurs. "Cet accès à la parole, tout le monde en est friand. Et sans rentrer dans les clichés, peut-être encore plus en banlieue, parce qu'on a affaire à des jeunes qui n'ont pas souvent la possibilité de s'exprimer et qui peuvent se sentir à l'écart d'un certain système. C'est vrai que c'est important, important pour tout le monde."

Grand Corps Malade
Le 1er août à 20 h (complet)
À la Salle Wilfrid-Pelletier de la PdA

Bienvenue à Slam Cité et Abd Al Malik
Le 1er août à 23 h
Au Spectrum

source : www.voir.ca

C'est vrai qu'il est long celui-ci.
J'ai laissé les dates, je trouvais ça drôle de l'avoir publié le jour de leurs passages.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 01 août 2007 08:18

Modifié le vendredi 10 août 2007 18:13

Le slam de toutes bouches

Sur la RFI(www.radiofranceinternationale.fr), le slam est abordé en son sens mondial, laissons donc un peu GCM tranquille pour un article à la vision plus large :

Faites du bruit pour le slam !
L'art jusqu'à présent marginal qu'est le slam obtient un succès croissant auprès du public. La langue comme musique, la langue comme spectacle, la langue comme contestation... et le public pour seul juge.


Vous prendrez bien un vers ? (j'adore ce jeu de mot moi)

Énorme surprise : pour la première fois, un album de slam, Midi 20, du slameur Grand Corps Malade, sort en France et se classe en tête des meilleures ventes de CD. Ce succès commercial propulse sur le devant de la scène cet art, encore marginal il y a quelques mois, qui pourtant ne laisse que peu de place à la musique.

Plus à l'aise dans les bars que dans les bacs, le slam est un espace unique de liberté d'expression et d'échanges où l'on est sûr d'être écouté, encouragé, applaudi. On peut faire à peu près tout ce que l'on veut sur une scène de slam, dire son poème, lire son texte, mais aussi chanter sa chanson ou présenter son sketch.

Le point commun, c'est la nécessité d'accrocher l'auditoire, avec des rimes, des assonances, des jeux de mots, des chutes ou simplement du rythme. Ce qui marche, c'est la virtuosité, l'amour de la langue, mais le public est aussi très sensible aux sentiments qui se mettent à nu et à la dénonciation des injustices. Les scènes slam sont des lieux de poésie vivante mais aussi le théâtre d'un réel métissage culturel et social.

Né du rap à Chicago il y a vingt ans, le slam n'en garde pas toujours le rythme. Il s'éloigne aussi en France de l'esprit américain qui se tourne essentiellement vers la compétition et les spectacles en forme de tournois. Pour Tsunami, slameur et créateur du site Planète slam, « on peut vraiment parler d'exception française. Contrairement à ce qu'il se passe ailleurs, la scène slam est, en France, extrêmement démocratisée. Les spectacles sont gratuits et les scènes ouvertes : n'importe qui peut présenter son texte. »



Parole libérée, mots claqués
L'ouverture, c'est bien, mais il faut aussi libérer son écriture. C'est le rôle des ateliers animés par des slameurs expérimentés. C'est là que Tsunami mesure l'engouement pour cet art chez les jeunes : « Nous intervenons souvent dans des centres culturels où le dialogue est rompu avec les responsables. Le slam convient parfaitement aux jeunes : il leur permet de s'exprimer librement mais surtout d'avoir l'assurance d'être écoutés ; cela les valorise ; c'est un espace où tout le monde se sent le bienvenu et ce n'est pas élitiste. Dans ces ateliers, ils se réapproprient leur langue. »

Seule ombre à ce tableau novateur, les femmes slameuses sont encore minoritaires. Elles ne manquent pourtant ni de talent ni d'aplomb comme Delphine II, slameuse depuis 5 ans : « Je suis née d'un père camerounais et d'une mère guadeloupéenne, ce qui multiplie les difficultés pour se sentir à son aise en France. Pour moi, le slam est le moyen d'aborder des sujets comme les rapports entre blancs et noirs, les erreurs commises de part et d'autre, les préjugés. C'est une forme de thérapie. » Une thérapie qui passe par la comédie car les slams de Delphine II prennent souvent la forme de sketchs qu'elle joue aussi dans son spectacle, « Chuis la seule ou quoi ? ».



Slameurs du monde
Partout dans le monde, le slam, qu'il soit "à l'américaine" ou "à la française", s'enrichit de toutes sortes de traditions locales.

Au Québec, le slam libre qui se pratique en France s'appelle spoken word comme nous l'explique D. Kimm, slameuse et organisatrice de l'un des plus grands festivals de slam Voix d'Amériques : « Chez nous, le spoken word est issu d'une longue tradition d'oralité. Au XIXe siècle, les Québécois aimaient déjà dire leurs textes et poèmes en public, dans des fêtes ou en famille. ». D.Kimm met l'accent sur l'attitude du poète et sa performance. Un poème sera différent selon l'énergie du moment et du public. Le spoken word désacralise le rôle du poète et permet à tout le monde de se décoincer, y compris le spectateur qui n'est plus passif. »

Autre tradition retrouvée avec le groupe français Dihya, composé d'une slameuse, une chanteuse, une percussionniste et un bassiste. D'après Amel, la slameuse d'origine algérienne : « Le slam est une forme d'expression qui n'a pas encore sa place dans un pays aussi contrôlé que l'Algérie. Comme nous sommes engagés sur le plan politique, je pense que notre groupe aurait de sérieuses difficultés. » Et pourtant, la beauté et l'originalité de leurs interventions tiennent dans des ponctuations mélodiques qui s'inspirent des chants du Maghreb.

Le slam se développe aussi en Afrique, grâce par exemple au collectif Dabadjam venu de Côte d'Ivoire, qui a été très remarqué en région parisienne lors de la deuxième édition du festival Débits de paroles. Composé de quatre slameurs, ce groupe s'inspire des mouvements urbains abidjanais. Un point de rencontre entre la langue française, le nouchi, le langage contestataire propre à la rue ivoirienne, et le ziguéhi, une danse traditionnelle aux allures d'art martial. Le slam du collectif Dabadjam est un puissant cocktail qui vient bousculer l'image du slameur statique à la française. Mais quoi qu'il arrive, le slam n'est pas près de s'arrêter de bouger.


Edna Castello

Article publié le 03/07/2006
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 01 août 2007 09:35