Titre trop exhaustif à mon goût mais profitons de l'engouement des canadiens pour lui donner une place de plus, surtout pour qu'il y précise bien : je rappe + que je ne slam.
Le samedi 28 juillet 2007
Abd Al Malik: la coqueluche de la chanson française
Alexandre Vigneault
La Presse
Chroniqueur percutant, Abd Al Malik se démarque grâce à son ton passionné, un univers musical foisonnant et un optimisme réfléchi. Sa venue à Montréal est à classer parmi les incontournables des FrancoFolies. (ici les Franco du Québec hein)
Gibraltar s'ouvre sur un tonnerre d'applaudissements. La foule qu'on entend s'exciter sur le CD acclame un danseur à claquettes. Abd Al Malik n'a pourtant rien d'un Fred Astaire. Lui, c'est aux mots qu'il fait faire des pirouettes. Il les fait glisser, claquer et groover sur des trames musicales qui empruntent autant à l'esthétique rap qu'au jazz ou à la chanson française. Et c'est pour ça qu'on l'acclame en France depuis la sortie de ce monumental deuxième album.
Les applaudissements nourris couronnent généralement la fin de quelque chose. Dans le cas d'Abd Al Malik, ils marquent un début. Celui d'un disque auréolé de plusieurs prix prestigieux, celui d'un périple qui va de l'Europe à l'Afrique et surtout celui d'un retour vers soi. «Mes racines sont africaines, mais mes fruits sont français. Je suis un européen décomplexé», dit l'artiste né à Paris de parents congolais.
Abd Al Malik n'est pas un inconnu pour ceux qui suivent de près le rap français puisqu'il a fait partie de New African Poets (N.A.P.). Gibraltar, paru l'an dernier en France, en a toutefois fait une figure prisée non seulement des amateurs de rap esthétique dont il se réclame -, mais aussi de tous ceux qui aiment la chanson lettrée. Il est d'ailleurs considéré comme l'une des figures de proue de la scène slam française, avec Grand Corps Malade.
«Je suis un fou de littérature et c'est vrai que le slam donnait un côté littéraire à mon travail, reconnaît l'artiste, qui a étudié les lettres et la philosophie. J'ai eu envie de faire ce disque comme on fait un recueil de nouvelles. En même temps, je suis rappeur. Ce qui m'intéresse, c'est de renouveler l'esthétique du rap.»
Rappeur avant tout
Abd Al Malik, qui se réclame de Camus, Raymond Carver, Sartre et même de philosophes de l'Antiquité, a choisi le rap parce que c'est, selon lui, la seule musique qui peut contenir toutes les autres, grâce au fabuleux outil qu'est l'échantillon. Il a toutefois pris soin de construire des chansons qu'il est capable de rendre live. Pour ce faire, il sera accompagné de cinq musiciens, dont Bilal, un autre ex-N.A.P., lors des deux spectacles qu'il présente cette semaine aux FrancoFolies.
«On voulait faire quelque chose de très organique sur scène, dit-il. Les différents ingrédients qu'on retrouve sur le disque, on voulait qu'ils se retrouvent sur scène, mais sans se contenter de les repiquer. On voulait offrir quelque chose de singulier.»
Singulière, sa vision du monde l'est aussi. Il a choisi de voir ce qu'il y a de positif dans l'ère sombre dans laquelle on vit. Il loue la diversité et l'ouverture. «On vit beaucoup ancré dans nos peurs et en regardant le passé, constate-t-il, alors qu'il est essentiel de regarder le présent, de déposer son sac de douleur et d'aller vers le futur.» Dans le monde en confrontation dans lequel on vit, il ne voit qu'une solution: arrêter de pointer l'Autre du doigt et se demander ce qu'on peut faire, soi-même, pour améliorer le monde.
Ce genre de discours lui vaut bien sûr d'être considéré comme une espèce de premier de classe un peu naïf. Un gentil rappeur qui fait du divertissement, quoi. Lui, estime que de gueuler contre Sarkozy sur une rythmique binaire agressive relève de la pose commerciale. «Je m'exprime avec mon coeur et mes tripes, souligne-t-il. Je ne suis pas là pour dire ce que les gens ont envie d'entendre, mais pour être moi.» Abd Al Malik ne parle que de ce qu'il a vécu. De son passé d'enfant soldat urbain (Soldat de plomb) comme de sa foi.
De radical à pacifique
Abd Al Malik, né Régis Fayette Mikano, n'est pas né dans l'islam. Il l'a choisi. Le 11 septembre 2001 demeure pour lui un moment clé puisque les attentats ont, selon lui, forcé tout le monde à réfléchir aux liens entre spiritualité, religion et idéologie. La spiritualité doit pacifier notre rapport à l'Autre, juge-t-il. «L'islam est une religion de paix, d'amour, de respect et de tolérance, insiste-t-il, et ça doit se manifester à l'extérieur».
Il reconnaît toutefois que, plus jeune, il a flirté avec l'islam radical. «Qu'est-ce qui peut attirer un jeune vers ça? On a besoin d'être reconnu, d'être accepté, d'avoir l'estime des gens. Quand on vient d'un certain quartier, qu'on est Noir et qu'on vit une certaine discrimination au quotidien, lorsque quelqu'un nous tend la main, on y va. D'une certaine manière, j'ai été instrumentalisé par des gens et, moi, j'ai instrumentalisé une certaine vision de l'islam parce que ça m'arrangeait bien, ça me donnait un statut.»
Devenu adepte du soufisme, branche mystique de l'islam, il a changé son attitude par rapport au monde. «J'ai compris que la spiritualité ne doit pas nous fermer à l'autre, mais au contraire qu'on a besoin de l'autre, fondamentalement, pour être soi.» Et à ce chapitre, il est comblé par la vie de tournée. «Il se passe quelque chose de beau, dit-il, qui est de l'ordre du partage.»
Abd Al Malik Mardi, 22 h, dans La Zone Molson Dry. Mercredi, 23 h, au Spectrum.
Slam
L'immense succès de grand corps malade en france a projeté le slam à l'avant-scène de la Chanson française. La vague de popularité de ce genre au croisement de la récitation poétique, De la chanson et du rap lettré atteint aussi les Francofolies. En plus de recevoir grand corps Malade, l'événement a concocté une soirée slam à laquelle participeront une foule d'artistes Québécois et abd al malik, talentueux poète qui use du slam, mais se réclame davantage du rap.